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Le
chemin de la paix
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| 1. Introduction : le chemin de la paix | 5. Les réformes internes pour guider une nouvelle diplomatie | ||||||||||||
| 2. Troisième voie et tiers-mondisme | 6. La boussole de la diplomatie | ||||||||||||
| 3. Quelle Europe ? | 7. L'Europe des marchands | ||||||||||||
| 4. Patriotisme ou nationalisme ? | |||||||||||||
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PATRIOTISME OU NATIONALISME ? Le débat sur l’Europe a ravivé les sentiments nationalistes dans de nombreux pays : en Pologne, Slovaquie, Hongrie, mais encore davantage en Russie La mondialisation et la concurrence ont réveillé les vieux démons protectionnistes : partout les groupes de pression des producteurs nationaux se sont mobilisés pour rebâtir les murs économiques. Le nationalisme prend facilement le masque honorable du patriotisme. L’attachement à la patrie, aux valeurs et aux mœurs de la communauté nationale, la fierté d’une histoire et d’une culture, sont sans doute parmi les sentiments les plus naturels et les plus nobles des individus. Il est normal que les hommes de l’Etat respectent et entretiennent ce sentiment, sans aller toutefois jusqu’à s’approprier la nation. Mais, par contraste, il est dangereux pour la paix et pour la prospérité de dresser le peuple, au nom des intérêts de la patrie, contre l’étranger qui la menacerait. On pourrait penser que cette xénophobie disparaîtrait avec le niveau de développement, avec les techniques de communication, avec l’ouverture des frontières. Elle a pourtant fait sa réapparition avec la mondialisation, voire même au sein de l’espace européen, parce que le changement soudain de décor économique et politique a dérangé un certain nombre de groupes. La concurrence a été refusée ou retardée par le désir de protéger les producteurs nationaux, l’immigration a été vue comme un danger. Ce qui est différent serait néfaste. Ce nationalisme s’accorde naturellement avec l’étatisme. D’une part la catégorie la plus perturbée par l’ouverture des frontières est celle des fonctionnaires, car leur production ne s’exporte pas facilement et qu’elle perd de son intérêt quand les Etats eux-mêmes sont mis en concurrence par les échanges extérieurs. Il devient visible que les services publics, jugés à l’aune de la concurrence, se révèlent trop nombreux, trop coûteux, trop rigides. D’autre part, les fonctionnaires et les autres groupes dont l’activité, dans ses conditions actuelles, est inadaptée à la nouvelle donne se tournent naturellement vers l’Etat pour les défendre contre l’invasion des produits, des entreprises et des hommes venus de l’étranger. Alors que le meilleur service que l’Etat pourrait rendre aux nationaux serait de les libérer d’un grand nombre de contraintes internes qui les pénalisent dans les échanges internationaux, au nom d’un patriotisme bien conçu, c’est l’inverse que l’on fait : le protectionnisme sauvegarde les boulets que l’on traîne depuis des années, voire des siècles, et garantit les « droits acquis » qui ne sont que des privilèges pour une minorité[1]. Ainsi la mode est-elle au « patriotisme économique » et aux accusations de « dumping » qui permettent de jeter l’anathème sur le commerce mondial et « l’ultralibéralisme ». Dumping social pour accuser les concurrents étrangers d’asseoir leur succès sur l’exploitation de leurs travailleurs. Dumping fiscal pour dénoncer les Etats qui attirent les entreprises et les capitaux par des impôts allégés et de moindres charges sociales. Dumping réglementaire quand il y a moins de normes et de contrôles administratifs. La réponse au dumping est « l’harmonisation ». Comme il s’avère difficile de l’instaurer au niveau mondial à travers l’Organisation Mondiale du Commerce, on peut au moins l’imposer au sein de l’Union Européenne en créant un espace économique européen homogénéisé où toutes les différences seraient gommées : seule l’égalité rendrait acceptable la concurrence. Comme il s’agit d’une politique purement velléitaire qui ne saurait résister aux réalités économiques, il ne reste plus qu’à prendre le « mal » à la racine, et à rejeter tout ce qui gêne dans les relations avec l’étranger, jusqu’à se replier sur soi et finalement agresser les autres quand ils n’entendent pas se voir lésés ou exclus. Il ne manque pas d’artifices pour légitimer ce nationalisme renaissant, et les dirigeants français ont fait ici preuve de leurs talents rhétoriques. Les « exceptions » françaises ont été soutenues un nom tantôt de l’éthique (est-il moral de payer si mal les travailleurs asiatiques ?), tantôt de l’environnement ou de la santé publique (seuls nos produits respectent les ressources naturelles de notre territoire et ne sont pas nocifs), tantôt de la culture nationale (notre production de films et de chansons est une richesse de notre patrimoine artistique), tantôt de la tradition historique et d’un choix de société (ce qui justifie notamment les services publics à la française et finalement couvre tout le protectionnisme du secteur public). Si les candidats devaient s’aligner sur cette pensée devenue unique, il exposeraient les Français d’abord à perdre totalement toute chance de devenir concurrentiels – ce qui accélèrerait les délocalisations – ensuite à s’abandonner aux illusions de la « préférence nationale » qui ouvre la porte au populisme, flattant les instincts les plus vils d’une partie du peuple en dénonçant l’étranger comme la source de tous les maux. « Le
protectionnisme annonce la guerre comme les nuages
annoncent l’orage » (Jean Jaurès). On a vu
dans les années 1930 ce qu’a donné l’association
du nationalisme, du socialisme et du corporatisme.
Risquerait-on de le revoir en ce début de 21ème
siècle ? Les Français veulent-ils avoir leur
Poutine ? [1] Cf. la célèbre « pétition des marchands de chandelles »
où Frédéric Bastiat décrit la façon dont les corporations
demandent au législateur un texte pour les protéger
contre la concurrence déloyale venue de l’extérieur
(en l’occurrence celle du soleil).
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