Le chemin de la paix
1. Introduction : le chemin de la paix 5. Les réformes internes pour guider une nouvelle diplomatie
2. Troisième voie et tiers-mondisme 6. La boussole de la diplomatie
3. Quelle Europe ? 7. L'Europe des marchands
4. Patriotisme ou nationalisme ?

LES REFORMES INTERNES POUR GUIDER UNE NOUVELLE DIPLOMATIE


On peut expliquer les choix diplomatiques par la volonté des Présidents de la République successifs, compte tenu des immenses pouvoirs que la Constitution leur a reconnus. Mais les Présidents ont souvent eux-mêmes subi la pression de minorités qui leur ont inspiré, sinon déterminé leurs choix.

Ainsi ne fait-il aucun doute que la position française sur l’Europe a été conforme aux vœux des paysans français bénéficiaires (en apparence[1]) de la Politique agricole Commune, des fonctionnaires craignant pour l’avenir des services publics, et des syndicats inquiets du « dumping social ». Si l’on additionne le potentiel de manifestation et de contestation de ces différents groupes, cela représente une fraction importante de l’électorat.

Il est également vraisemblable que le neutralisme français au Moyen Orient (voire le soutien des Palestiniens ou les égards pour la Syrie) s’explique par l’importance de la minorité musulmane que l’on suppose (de façon assez systématique) pro-palestinienne et anti-américaine.

Il semblerait aussi que les discours en faveur du « développement durable » et sur la nocivité du commerce international auquel on préfère les subventions publiques soient tenus pour séduire une gauche écologique et éviter que l’ATTAC rejoigne les rangs du PS (en pure perte).

Mais pourquoi ces diverses minorités ont-elles un tel poids dans la vie publique française ?

La réponse est multiple, et c’est dans diverses directions que les candidats peuvent orienter les réformes internes pour guider une nouvelle diplomatie.

La première réponse est celle de l’état de droit et de l’isonomie : aucune corporation, aucune communauté ne peut utiliser des moyens contraires au droit commun, ni bénéficier de privilèges discriminants.

La deuxième est la restriction de l’Etat Providence : moins de secteur public et de fonctionnaires, moins de redistribution et de « droits sociaux », c’est aussi l’obligation de s’intégrer dans la logique du marché, de la concurrence, du travail et de l’entreprise, au lieu de rechercher les protections, les aides et la « discrimination positive ».

La troisième est dans une éducation au respect des autres, de leurs croyances et de leurs droits, l’apprentissage de l’esprit d’équipe et de la solidarité volontaire ; ce qui implique évidemment la réforme du système scolaire et la solidité des liens familiaux.

Créer l’harmonie sociale et réussir l’intégration nationale n’est pas une entreprise facile quand il y a des changements rapides et une population renouvelée. Le conflit du vieux et du neuf devient aigu, comme la tension entre ceux qui sont installés et ceux qui veulent arriver. Ces rivalités deviennent ingérables dans une situation de stagnation ou de déclin économique. Par contraste, une croissance rapide permet une promotion du plus grand nombre. Mais il est difficile à une société divisée d’être économiquement performante. Ce cercle vicieux de la stagnation et de la division ne peut se briser que par la commune acceptation des lois du marché et le recul de l’étatisme : dans une société où les gens ne peuvent attendre de promotion que des services qu’ils rendent aux autres, le sentiment d’injustice sociale est atténué, tandis que la tricherie et la corruption n’ont que peu de place. Une telle société n’est pas très attractive pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent travailler, pour ceux qui veulent s’affranchir de toute loi et de tout effort, de sorte qu’une sélection de l’immigration s’opère naturellement, sans que les autorités aient à « choisir » les immigrants.

On s’étonne parfois de la facilité avec laquelle des pays « neufs », comme les Etats-Unis, l’Australie ou la Nouvelle Zélande, ont réussi à créer une nation à partir d’apports hétéroclites. L’explication tient à la qualité des institutions que ces pays se sont donnés au départ, avec le choix de la démocratie, de l’état de droit et du marché. En attribuant au marché le mérite de faire naître les « harmonies économiques », Frédéric Bastiat indiquait aussi qu’il contribuait fortement à l’harmonie sociale.

La paix civile est une bonne préparation à la paix extérieure. Un pays en paix avec lui-même ne verse pas dans le nationalisme xénophobe. 



[1] En réalité, en retardant leurs adaptations et en les transformant en assistés, la Politique Agricole Commune a ruiné la plus grande partie de la paysannerie. Les principaux bénéficiaires de la PAC ont été les exploitants français à haute productivité (et ils existent !) qui empochent une rente substantielle grâce aux prix européens et au protectionnisme douanier.

 

 

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